Table Ronde sur le décrochage des jeunes

20 novembre 2014

Image Table Ronde sur le décrochage des jeunes

Table Ronde sur le décrochage des jeunes : impact sur l’offre résidentielle & perspectives de collaboration.

Avec la participation de :

Présentation des intervenant-e-s

Programme :

1. Bienvenue et présentation de la demande des membres.
2. 1er tour de table : quelle réalité problématique pour la prise en charge résidentielle des jeunes en situation de décrochage ?
3. 2ème tour de table: quels réajustements de l’offre institutionnelle et quelles perspectives pour la collaboration interprofessionnelle ?
4. Conclusions et remerciements
5. Apéritif offert par Trait d’union

Bilan de la Table ronde :

L’action a été proposée spontanément lors de l’AG 2014 et soutenue par plusieurs membres présents. Ceux-ci s’inquiétaient notamment de la difficulté d’offrir des lieux de vie stabilisés pour un certain nombre de jeunes mineurs en situation de grande rupture. Cette problématique semblait se prolonger de manière encore plus aigüe pour des jeunes majeurs. Les questionnements de nos membres concernaient également l’évolution nécessaire des mesures à mettre éventuellement en place. Un tandem réunissant des membres du comité et de l’association s’est constitué pour réfléchir et mettre en œuvre cette action.

Une action sous la forme de « Table ronde permettant de réunir des acteurs-trices du social concerné-e-s par la prise en charge des jeunes en situation de décrochage (15-20 ans) » a été retenue. Dans un premier tour de table, il s’agissait de débattre de la situation particulière de ces jeunes (qui sont-ils ? quels sont leurs difficultés ? quelles sont leurs ressources ?, etc.)et également identifier nos difficultés en tant qu’acteurs-trices du social à leur proposer des perspectives de stabilisation entre autre en termes de lieux de vie. Dans un deuxième temps, il s’agissait de débattre des alternatives à découvrir, redécouvrir ou construire pour défendre les intérêts de ces jeunes et consolider une collaboration interprofessionnelle nécessaire face aux défis à relever.

Plus de 40 personnes ont pris part à l’action ; elles représentaient une vingtaine de services et/ou institutions actives soit dans le champ de l’accueil résidentiel ou de jour pour mineurs ou jeunes adultes, soit dans le champ de l’action en service sociale avec ou sans mandat de protection, ou encore dans les domaines de l’enseignement, de la santé, de la prévention, de la promotion de l’action sociale et de l’insertion socioprofessionnelle. Pour l’occasion, de nombreuses personnes hors membres ont été invitées et ont répondu positivement par leur présence (directeur de structure éducative, responsable d’unité d’accueil, éducateur-trice-s, psychologues actif-ve-s dans les champs de la protection de l’enfance).

Dans un premier temps et après un bref rappel des origines de cette action et la présentation des différent-e-s intervenant-e-s soutenue par la distribution d’un document synthétisant les fonctions et le contexte d’intervention de chacun, la parole a été donnée aux intervenant-e-s pour un premier tour de table. Bérénice Zürich a relevé les défis qui se posent pour les assistants sociaux des services de l’enfance pour trouver et stabiliser une place d’accueil pour certains jeunes qui accumulent de nombreuses situations de rupture : scolaires, professionnelles, familiales et sociales. Si aucun chiffre précis n’est disponible, il semble que chaque collaborateur du SEJ se retrouve en grandes difficultés pour un ou deux jeunes dans leur prise en charge résidentielle. Entre fugues à répétition, absence de projet et d’occupation, comportements en décalage quant au cadre éducatif, Pascal Schweizer confirmait la difficulté des structures éducatives pour mineurs à proposer des solutions pérennes. Il soulignait l’énergie déployée pour « bricoler » des solutions souvent non soutenues financièrement. Adrien Oesch évoquait la rencontre dans la rue avec ces jeunes juste majeurs ou à la porte de la majorité. Il évoquait le paradoxe d’une société qui semble leur « courir après » alors qu’ils sont mineurs sans arriver à les capter et qui, dès qu’ils deviennent majeurs et semblent vouloir l’aide qu’on voulait leur imposer et qu’ils refusaient, se retrouvent alors devant des portes closes ou des obstacles bien trop haut à surmonter sans du temps ou un réel coup de main. Eric Müllener faisait le constat que la totalité des jeunes entre 18-25 qui se retrouvent à frapper à la porte de lieux d’accueil d’urgence pour adultes (une vingtaine durant ces deux dernières années), ont eu un parcours de placement institutionnel en tant que mineur. La tension forte se pose alors pour les professionnels de leur offrir un lieu de vie provisoire, mais sans réelle possibilité de travailler sur leurs importantes lacunes structurelles. Jean-Claude Simonet a précisé qu’un système de veille a été élaboré par le canton pour identifier le nombre de jeunes entre 15 et 25 ans qui se retrouvent soutenus ou dépendants des services sociaux du canton. Il a également rappelé les principaux dispositifs en place et en particulier celui d’Avenir 20-25 On parlerait d’une centaine de jeunes, pour lesquels l’Etat se fixe comme objectif de ne vouloir laisser personne au bord de la route.

Plus que sur l’objectif, c’est finalement sur les modalités et le référentiel utilisé pour défendre la place des plus jeunes au sein de notre société que le débat s’est concentré dans un premier temps. Une première intervention a permis de préciser qu’au-delà des jeunes suivis par les services de l’enfance et placés en institution, c’est une plus grande cohorte de jeunes qui se retrouvent déclassés. En effet, il a été mis en évidence que nos sociétés sont traversés d’un tension : d’une part les jeunes sont soumis à de fortes pressions et des exigences en augmentation pour s’insérer socialement et professionnellement nourries par un discours autonomisant et responsabilisant et, d’autre part, le contexte socio-économique pousse à la dépendance aux familles et au report de l’entrée en formation ou dans la vie « active ». Il a été dit que 1000 jeunes, sans solution d’apprentissage ou de formation, se sont présentés à la Plateforme jeune cette année, contre 250 en 2001, année de sa création. Il a été rappelé que l’âge moyen des jeunes en Suisse en début d’un premier apprentissage est actuellement de 18 ans. Quid de ces jeunes entre 15 et 18 ans, à qui l’on propose des dispositifs d’occupation basés uniquement sur des référentiels en lien à leur intégration dans le monde du travail ? Quid des jeunes en plus grande rupture entre autre familiale dès l’âge de 12-13 ans pour qui l’insertion professionnelle semble inenvisageable, voire restera impossible dans l’économie traditionnelle ou protégée ? Quelle alternative leur propose-t-on ? De quels moyens dispose-t-on pour soutenir des actions plus adaptées à leurs besoins, capable d’aller les chercher là où ils sont, tout en diminuant les pressions. Certains membres de l’assemblée ont dénoncé le repli étatique vers des dispositifs centrés essentiellement sur la valeur travail comme l’impossibilité pour la société de reconnaître sa difficulté d’offrir une réelle place aux plus jeunes. Au-delà d’un contexte socio-économique peu accueillant pour ces plus jeunes, ce sont finalement les difficultés du système scolaire et de formation à les conduire vers cette insertion qui ont été pointées. Le niveau scolaire d’un grand nombre de ces jeunes inscrits dans les semestres de motivation est plutôt alarmant.

Si Christiane F. 13 ans drogué et prostitué aura représenter dans les années 1980 et représente encore pour certains professionnels l’image symptomatique d’une jeunesse en mal de vivre, si plus de 30 ans après les symptômes des jeunes en plus grande situation de décrochage peuvent être multiformes et la prévention entre autre en ce qui concerne les addictions a pu freiner certains risques, force est de constater que le malaise exprimé à l’époque par le témoignage de la jeune fille ouest allemande quant à l’avenir de la jeunesse semble toucher un plus grand nombre de jeunes, sans en prendre obligatoirement les mêmes dérives.

Sur un niveau plus microsocial, la question de leurs liens familiaux et de leurs histoires personnelles a été posée et ce dès leur plus jeune âge. Au-delà de modèles institutionnels (foyer, école, service social), il semble que leurs repères familiaux soient peu accessibles par eux-mêmes ou les professionnels qui les accompagnent. Des parcours familiaux complexes, mais également le manque de temps ou des logiques d’intervention très cloisonnées semblent empêcher ces jeunes à se réapproprier leur histoire, à l’image des enfants « déplacés » décrits par Emilie Potin, sociologue qui s’est intéressée au parcours des enfants placés. Le besoin de reconnaissance, de valorisation et de développement de leur confiance en eux ont été relevés par de très nombreux témoignages comme capital pour leur construction identitaire. Mais finalement, quels outils sont actuellement reconnus et financés pour travailler cette confiance en soi sans que l’objectif final ne soit directement l’intégration au monde du travail ?

Dans un deuxième temps, l’ensemble des personnes présentes ont évoqué quelques perspectives. Plus que des solutions précises, le débat s’est concentré sur la défense et la promotion d’une action sociale comme modèle alternatif et créateur de liens en parallèle au modèle d’insertion par l’économique. La question du temps donné à l’écoute des besoins de ces jeunes dans une logique participative et réellement responsabilisante a été posée.

Si la création d’un accueil résidentiel « bas seuil » a été évoquée pour les jeunes en plus grande rupture, c’est finalement et plus généralement la définition d’un travail social « bas seuil »ompris comme une action centrée sur la réduction des risques, qui a été débattu et défendu. Ce type d’action permettrait d’entrer en lien avec le jeune pour qu’il se reconstitue une histoire au-delà des situations d’échecs pour se remettre en situation de prendre des risques constructifs dans la durée. Si des solutions d’accueil résidentiel « bas seuils » semblent être défendues par une partie de l’assistance et des intervenants, d’importantes mises en garde ont été exprimées en termes de danger d’installation dans un bas seuil marginalisant, voire stigmatisant. Si une telle structure existe sur le canton de Vaud au sein de la fondation Mère Sophia, il a été difficile d’en connaître le fonctionnement exact. Une rencontre entre le comité de Trait d’union et la structure pourrait être envisagée pour mieux connaître les tenants et aboutissants et pourrait faire l’objet d’un prochain article. Des intervenants ont tenu également à développer une reconnaissance des solutions issues des jeunes eux-mêmes, comme de réelles alternatives. L’existence sur le canton d’appartements « bouées », permettant aux plus jeunes de se poser ou rebondir a été relevée. Ces lieux de vie souvent précaires pourraient être mobilisés comme des solutions provisoires et les conditions d’existences à l’intérieur améliorées. La mobilisation des pairs plus âgés pourrait être envisagée, non pas comme un risque de plus grand dérapage, mais comme une réelle ressource dans l’accompagnement de ces plus jeunes.

En résumé, les solutions « bas seuil » ont été défendues comme la possibilité de travailler la notion de risque, celle prise par ces plus jeunes en décrochage pour la diminuer, mais aussi celle que doit prendre la société et les acteurs du social pour travailler avec et non contre ces jeunes mineurs. A plusieurs reprises, il a été relevé qu’une prise de risques concertée et assumée entre et par l’ensemble des professionnels, des institutions, des autorités et des familles permettrait d’engager le jeune mais aussi la société dans des processus de changement responsabilisant et de réengagement de l’un et de l’autre. C’est finalement bien le « recrochage » des uns et des autres qui est en jeu.

Le débat et les points de vue furent denses, prouvant une fois de plus la qualité de l’expertise des acteurs du social du canton et la capacité des actions de Trait d’union à mobiliser cette expertise pas suffisamment exprimée. Le comité de Trait d’union a eu l’occasion dernièrement de présenter le potentiel de l’association dans ce sens lors d’une journée organisée par l’Association Suisse pour la Formation, la Recherche et l’Intervention Sociale (ASFRIS) sur le thème du « Du contrôle social…au contre-rôle ». N’hésitez pas à consulter le résumé de cette intervention. Le temps de l’apéritif fut l’occasion de prolonger les échanges dans une ambiance constructive et toujours appréciée. Nous remercions vivement l’ensemble des intervenants et des personnes qui ont permis la réalisation de cette action. Nous encourageons les membres de Trait d’union, présents ou non à la Table Ronde à nous faire part de leurs commentaires quant à cette action ou à poser des questions complémentaires en lien avec la problématique de la prise en charge résidentielle de jeunes en situation de décrochage. Nous tenterons de les relayer à nos partenaires.

Décrochage rapport Francis Vergne



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